2. La mode dans la société industrielle
Ces formes de sociabilité, ces traits de comportement ou de signification que nous révèlent l'histoire, l'anthropologie ou la psychanalyse réapparaissent dans les sociétés modernes, mais cette fois dotés d'une organisation et d'un rythme caractéristiques. Des groupes sociaux d'une extension extrêmement variable s'emparent d'une forme déterminée, en font une norme qu'ils appliquent scrupuleusement, et parfois fiévreusement, durant quelques mois ou années, puis l'abandonnent au profit d'une autre. Tel est, en particulier, le phénomène de la mode dans la société industrielle.
• De la coutume à l'engouement
Pour tout ce qui concerne le port du vêtement et, en général, les modalités de symbolisation du statut social, le développement de la société industrielle s'est accompagné d'une progressive « libéralisation » ; il n'existe plus guère en ce domaine de lois ni de normes de caractère obligatoire, en dehors de celles qui restreignent à des catégories déterminées d'individus le port des uniformes ou de certains vêtements de fonction. Le conformisme des comportements à l'égard de la mode vestimentaire comme à l'égard des modes en général n'en est que plus frappant. On pourrait donc être tenté de considérer la mode comme une coutume, analogue à toutes celles qui régissent la tenue, les manières, le langage, le comportement quotidien. Elle pourrait se rattacher aux institutions cérémonielles (H. Spencer), à l'étiquette, voire à la religion.
Mais alors que les institutions proprement dites sont fondamentalement régies par la tradition, la mode paraît au contraire privilégier systématiquement ce qui est nouveau ; elle témoigne d'une instabilité, d'une imprévisibilité qui l'apparentent plutôt aux phénomènes de panique ou surtout d'engouement. C'est ainsi que la mode a été étudiée comme un cas particulier du comportement collectif (H. Blumer, N. Smelser). Parfois, elle en revêt l'aspect subversif, en particulier sous les régimes autoritaires, où le […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



