5. Le statut philosophique des concepts modaux
Les difficultés qu'on rencontre pour représenter dans un formalisme cohérent les diverses notions modales expliquent que les logiciens les aient rejetées aux frontières de la logique classique du vrai et du faux, et que, quand ils les ont prises en compte, ils se soient heurtés au fait qu'elles semblent indissociables de leurs contenus particuliers. Il y a en effet une ambiguïté fondamentale dans les termes modaux « possible » et « nécessaire », qui peuvent être employés tantôt pour désigner des propriétés de nos assertions ou de la connaissance que nous avons des choses, tantôt pour désigner des propriétés des choses elles-mêmes. Ainsi, la notion de possibilité peut être entendue, au sens épistémique, comme désignant ce qui est possible relativement à notre connaissance, ou relativement à ce que nous croyons être possible, ou bien au sens de la possibilité réelle, comme désignant un état possible du monde. De même, « nécessaire » peut qualifier nos assertions, ou la nature de ce sur quoi portent nos assertions. Cette distinction recoupe la distinction de dicto/de re.
On distingue pareillement la possibilité logique, au sens de ce qui n'enveloppe pas de contradiction, de la possibilité physique ou naturelle, au sens de ce qui est compatible avec les lois de la nature empirique. En principe, le logicien devrait se contenter d'enregistrer ces distinctions, sans avoir à les élucider dans leur profondeur propre, cette dernière tâche revenant au philosophe. Mais le fait qu'elles affectent l'intelligibilité même de son formalisme montre que leur analyse philosophique est inséparable de ce formalisme. La question philosophique fondamentale qui sous-tend les interprétations des concepts modaux est donc celle de leur justification : les propositions modales sont-elles vraies ou fausses et, si elles le sont, le sont-elles en vertu de traits de la réalité ou sont-elles seulement relatives à notre connaissance ou à nos assertions sur le monde ?
On peut appeler […]
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