4. Les modalités non aléthiques
L'idée d'étendre le traitement logique des modalités aléthiques à d'autres notions modales avait déjà été formulée par les médiévaux, mais elle n'a été exploitée systématiquement qu'à la suite des progrès de la logique modale contemporaine (en particulier par G. E. Von Wright dans An Essay in Modal Logic, North Holland, Amsterdam, 1951). La logique déontique (ou « logique des normes ») utilise le parallèle entre la logique d'opérateurs tels que « il est obligatoire », « il est permis » et « il est défendu », et celle du nécessaire, du possible et de l'impossible. Des principes typiques de la logique modale comme « tout ce qui est nécessaire est possible » ont leur répondant avec « tout ce qui est obligatoire est permis », bien que la transposition ne soit pas correcte de « tout ce qui est est possible » à « tout ce qui est fait est permissible ». Mais, si nous combinons les concepts déontiques aux concepts modaux, en admettant qu'un acte n'est obligatoire que s'il est possible et qu'un acte n'est possible que s'il est obligatoire, on peut réduire les lois de la logique déontique à celles de la logique modale ordinaire et lui donner (au prix de diverses complications) une sémantique comparable (quelque chose est permis s'il est permis dans un monde possible « déontique », et obligatoire s'il est permis dans tous les mondes déontiquement possibles).
Le problème demeure, cependant, de réconcilier nos intuitions morales usuelles avec ce que semblent asserter les divers systèmes de logique déontique. En premier lieu, la logique déontique n'est pas, à proprement parler, une logique des énoncés impératifs (du type « fais ceci »), car ceux-ci semblent n'être ni vrais ni faux, mais elle peut être conçue comme décrivant, in abstracto, des systèmes de normes exprimables à l'indicatif (c'est-à-dire d'énoncés normatifs) et leur cohérence. En second lieu, la logique déontique usuelle engendre des paradoxes, comme celui de Ross : elle valide des énoncés comme

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