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MOBY DICK, OU LA BALEINE, livre de Herman Melville

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2.  Une allégorie de la démesure

Dédicacé à l'écrivain américain Nathaniel Hawthorne (1804-1864), le livre refuse toute classification : il se veut à la fois histoire de marins, documentaire sur la chasse à la baleine, témoignage social, drame shakespearien de la démesure, de l'orgueil et de la démence, épopée métaphysique. Moby Dick ressemble au Léviathan, ce monstre biblique du Livre de Job. Au récit réaliste de la chasse à la baleine se superpose la figuration symbolique du conflit entre l'homme et sa destinée. Le capitaine Achab ne déclare-t-il pas que « tous les objets visibles [...] ne sont que masques de carton » ? Melville érige son récit d'aventures en combat allégorique du Bien et du Mal. Il réunit les deux sources du romance américain – la pastorale nostalgique et le drame moral –, qu'il projette à une échelle métaphysique. Selon Melville, « l'art est un processus, il émerge comme une métaphore qui crée sans cesse et ne s'accomplit jamais ». 

On a insisté récemment sur l'auto-réflexivité du livre : l'accumulation d'un savoir antérieur sur la Baleine, sa représentation par fragments mettent en lumière l'inachèvement de tout savoir. Comme le Monstre, la narration d'Ismael découpe le personnage d'Achab en fragments : roi de tragédie, malade, anormal, corps métallique dévasté, machine, Narcisse immobile, métaphore figée du Moi tyrannique : « Achab est Achab à jamais, homme ! Toute cette tragédie a été ordonnée irrémédiablement. Nous l'avons répétée, toi et moi, des milliers d'années avant que ne roulât cet océan. Imbécile ! Je suis le lieutenant des Parques. »

La narration d'Ismael opère une sortie du cercle de la folie d'Achab et rapporte l'incompréhensible. Elle est à la fois écriture et lecture de l'expérience du protagoniste, et l'énigme de la blancheur ne dit rien d'autre que ce qu'elle est : la question du sens. Ismael et Achab sont deux registres de la conscience en relation dialogique. Mais le second n'existe que par le récit qu'Ismael fait de son effondrement : tel est le paradoxe au cœur de cette aventure.

L'originalité et le foisonnement de l'écriture de Moby Dick déconcertèrent une large partie du public de Melville, et il fallut attendre soixante-dix ans pour que sa grandeur soit reconnue. Le roman a été adapté au cinéma par John Huston en 1956.

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