3. Principes de variation
Généralement étudiée de manière globale à l'échelle nationale, la mobilité peut varier selon de nombreux principes de différenciation. La mythologie du self-made man a pu conduire à opposer l'ouverture de l'espace social aux États-Unis à la rigidité de la vieille Europe. L'étude comparative de Lipset et Bendix dans les années 1950 débouchait cependant sur le constat de différences peu marquées entre pays industriels. Les travaux comparatifs plus récents relèvent des différences parfois importantes dans le volume et la forme des flux de mobilité, en fonction des transformations sociales qui affectent les pays, mais peu repérables ou faibles dans le degré d'association entre origines et destinées.
De manière comparable, la différence entre le groupe professionnel du père et celui de l'individu est plus marquée chez les femmes que chez les hommes, du fait des différences de structure importantes entre emplois féminins et masculins. Mais si l'on cherche à redresser ce « biais » d'observation, la destinée professionnelle ne paraît pas moins dépendante de l'origine sociale pour l'un ou l'autre sexe.
Parmi les caractéristiques de la famille d'origine statistiquement liées aux destinées sociales, on peut relever aussi une relation négative de la mobilité sociale avec le nombre de frères et sœurs.
Variant avec les conjonctures socioéconomiques associées à des transformations des structures professionnelles, la mobilité sociale diffère géographiquement dans un même pays (elle est plus importante en Ile-de-France par exemple) et historiquement. Le mouvement d'accroissement des flux de mobilité qui a pu s'observer au fil des enquêtes des années 1950 aux années 1990 marque le pas depuis lors. L'étude de la mobilité en fonction des années de naissance fait apparaître non une diminution de son volume global mais une augmentation de la part de mobilité descendante à partir des générations nées dans les années 1950 et 1960.
Une question récurrente est de savoir si les progrès de la scolarisation et l'importance croissante des résultats scolaires pour les destinées professionnelles débouchent sur un affaiblissement de la relation entre origine et destinée. En dépit de l'élévation générale des durées de scolarisation et des niveaux de diplômes, l'association entre origine sociale et réussite scolaire reste très marquée d'une part, et l'origine sociale différencie aussi les destinées sociales même à diplôme constant, d'autre part.
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