3. La continuité mitochondriale
Les mitochondries se reproduisent-elles par croissance et division ou bien par synthèse de novo ? On sait maintenant qu'elles se reproduisent par croissance de cet organite par suite de la synthèse coordonnée de ses constituants moléculaires. À partir d'un certain volume mitochondrial, il y a coupure de la membrane interne, formation de deux vésicules matricielles et segmentation de la membrane externe qui clôt et sépare les deux vésicules précédemment formées. La masse mitochondriale double à chaque mitose.
Cette continuité physique des mitochondries a été tout d'abord démontrée avec les phospholipides des membranes. Des mutants de Neurospora crassa, auxotrophes pour la choline indispensable à la synthèse de phosphatidylcholine, ont des mitochondries plus denses quand les cellules sont cultivées en absence de choline. L'addition de choline ne s'accompagne pas de la synthèse d'une nouvelle population de mitochondries moins dense, mais de la diminution progressive de densité de la population initiale des organelles. La continuité de la biogenèse des protéines se manifeste aussi par la transformation des promitochondries des levures cultivées en anaérobiose en mitochondries effectives, à la suite de l'addition d'oxygène dans le système de culture des levures.
La biogenèse des mitochondries est un phénomène complexe mettant en jeu le génome nucléaire et le génome propre à la mitochondrie. La coordination de leur activité ne met pas en cause cependant l'autonomie fonctionnelle de ce dernier, comme le prouvent les observations qui précèdent. C'est pourquoi il est possible de postuler l'existence d'une continuité génétique mitochondriale propre à chaque espèce. Les différences génomiques mitochondriales pourraient alors servir à analyser les relations évolutives entre espèces voisines pour reconstituer leur hypothétique phylogenèse (comme on s'est efforcé de le faire en paléoanthropologie avec la théorie de l'« Ève africaine »).
• Le génome mitochondrial : structure et fonction
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