2. La genèse du conflit avec Rome
Les intérêts de Rome s'opposèrent à ceux de Mithridate dans deux régions sensibles, la Bithynie et la Cappadoce. Limitrophe de la première, la Paphlagonie avait été léguée à Évergète par son dernier roi. Sitôt au pouvoir, Mithridate proposa à Nicomède un partage à l'amiable. Rome s'y opposa, sommant les deux rois d'évacuer le pays. Mais la complaisance de ses protecteurs permit à Nicomède de se maintenir tandis que Mithridate devait plier : d'où sa rancune.
La question cappadocienne est plus complexe. Évergète avait attaqué ce pays et imposé un protectorat au jeune Ariarathe VI, devenu son gendre. Mais ce roi mourut bientôt, laissant des fils mineurs : Mithridate prétendit s'imposer à la régente, sa sœur Laodice, qui chercha un contrepoids dans un mariage avec le Bithynien Nicomède. Mithridate envahit alors la Cappadoce (vers 100 av. J.-C.), installa sur le trône l'aîné de ses neveux, bientôt éliminé, car indocile, au profit de son propre fils, un enfant, le pouvoir étant exercé par Gordios, un noble cappadocien dévoué à ses intérêts. Mais Rome réagit et confia à Sylla (en 96 av. J.-C.) le soin d'introniser manu militari Ariobarzanès, un Cappadocien jugé plus maniable. Mithridate s'inclina. Mais, après la mort de Nicomède III (94 av. J.-C.), il soutint contre Nicomède IV le fils d'une concubine, Socrate le Bon. Dans le même temps, il chassa Ariobarzanès pour réinstaller son fils. Rome envoya alors en Asie Manius Aquilius restaurer ses deux clients. Mithridate céda encore (90 av. J.-C.). Mais les Romains poussèrent Nicomède à envahir la partie occidentale du Pont. Loin de recourir aux armes, Mithridate demanda justice. Ne l'obtenant point, il expulsa de nouveau Ariobarzanès. Sans l'aveu du Sénat et sans l'armée adéquate, Romains et Bithyniens entrèrent en guerre contre le roi du Pont (89 av. J.-C.). Mal leur en prit : Nicomède fut défait (bataille de l'Amnias) et son royaume tomba aux mains de Mithridate ; de leur côté, les milices des cités d'Asie cédèrent au premier choc : presque partout, Mithridate fut accueilli en libérateur et salué comme un « Nouveau Dionysos ». Il épousa une Grecque, Monime, et passa avec elle l'hiver à Éphèse.
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