4. Les théologiens, l'explication naturelle et la foi chrétienne
Un quatrième pas est accompli, un quatrième pas qui est un écart. Lorsque la curiosité dévie et recherche le sensationnel, lorsque l'anxiété l'emporte sur la foi et qu'elle réclame des preuves tangibles, contraignantes ; surtout, lorsqu'un rationalisme naissant (et mal compris) s'emploie à discriminer ce que la nature peut ou ne peut pas produire d'elle-même, l'idée de miracle sombre dans l'équivoque ; pis, elle tombe hors de son champ. On quête le prodigieux, l'extraordinaire, l'exceptionnel pour des motifs de satisfaction, de vanité ou d'insécurité égocentriques, et on se met à l'apprécier selon des critères qui n'ont rien de religieux.
On s'efforce, par exemple, de mesurer en quoi l'événement, dans sa facture empirique, ne peut être dit naturel ou humain. On se livre à une analyse dont on n'a guère les moyens, à une analyse de puissance et d'efficience, pour conclure, selon les cas, qu'une cause banale suffit ou qu'il y faut une cause hors du cercle des causes.
Mais ce raisonnement lâche la topique religieuse ; il s'égare sur un terrain de science, de fausse science ; car personne, ni savant, ni philosophe, ni mystique, personne ne peut dire de quoi la nature est capable (le médecin, qui assure que Dieu seul peut faire mieux que lui, a une moins haute idée de Dieu que de lui-même).
En outre, même le prodigieux s'inscrit dans la nature et doit, pour s'y inscrire, utiliser des processus naturels. (Qu'un physicien, ou un biologiste, ne puisse les maîtriser, les déclencher, les reproduire à volonté, c'est une autre affaire.)
Enfin quoi d'étonnant, quoi de prodigieux, qu'une force jugée toute-puissante fasse des prodiges ? Thomas d'Aquin note avec finesse et avec flegme que, pour l'omnipotence, rien n'est miracle, rien n'est prodige. La mesure du prodigieux est donc toute relative, relative à nous, relative à un état des connaissances qui varie sans cesse et qui, dans sa mobilité, déracine tous les jalons, tous les rep […]
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