3. L'histoire sacrée et les « œuvres de Dieu »
Un troisième pas est franchi lorsque le prodigieux, signe de grâce, n'est plus perçu en situation « naturelle », mais en situation historique, lorsqu'un groupe religieux particulièrement inventif (Israël) récuse l'animisme, condamne l'idolâtrie, expulse ou retouche les mythes de représentation, leur préfère un mythe d'action, et décide de « signifier » Dieu par une exigence morale, par une intention de perfection dont le rôle pourra rester indéfiniment moteur. (Un tel idéal s'actualise dans l'effort, dans la suppression effective et progressive de ce qui retarde ou compromet l'harmonie universelle, la réconciliation de l'homme avec l'homme et avec la nature, mais il ne devient jamais réalité, réalité totale et définitive : son actualisation même rouvre l'avenir, engendre une nouvelle attente, une nouvelle espérance, car chaque réalisation accroît l'exigence et contient la promesse d'une réalisation meilleure.)
L'avantage de cette position est double. Elle fonde l'histoire comme création de fins, comme devenir orienté, comme modification, de l'homme et du monde. Simultanément, elle obtient un dieu sans visage et sans image, puisque le dieu moral, seigneur de l'histoire, n'est plus objet de représentation, mais source d'action, source d'un dynamisme qui révèle ce que Dieu veut, ce qu'il fait, non ce qu'il est : connu pratiquement, historiquement, par des actes, il ne l'est ni spéculativement, par des notions, ni imaginativement par des représentations. On doit même dire qu'il n'est convenablement désigné que comme dieu caché, en vertu de l'iconoclasme propre à la religion « historique », le trait distinctif de cette religion étant d'en appeler de ce qui est à ce qui doit être, de ne jamais se figer, de se « désétablir » au fur et à mesure qu'elle s'établit (l'acquis n'est conservé que comme tremplin vers d'autres découvertes).
Dans ce contexte, pour employer une formule qui n'est pas une définition, mais une indication, Dieu est ce qu […]
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