2. Minnesang et société
Le milieu dans lequel est né et s'est développé le minnesang est la société aristocratique des xiie et xiiie siècles ; il s'épanouissait dans les cours princières comme celle des Hohenstaufen, celle des ducs de Babenberg à Vienne, celle des landgraves de Thuringe. Nombre de minnesänger, dans les débuts surtout, appartenaient eux-mêmes à la haute aristocratie ; on trouve même parmi eux un empereur, Henri VI. Mais il convient de souligner surtout l'importance du rôle joué dans le minnesang par des chevaliers de naissance non libre, les ministériaux ; ce n'est que dans la seconde moitié du xiiie siècle que des poètes de condition bourgeoise se mettent à cultiver eux aussi le genre de la chanson courtoise.
Quelle que fût leur origine, les minnesänger avaient conscience du rôle qui leur était dévolu dans la société : par leurs chants, ils contribuaient à répandre autour d'eux la joie (Vröide), à faire naître parmi leur auditoire cet état d'exaltation joyeuse qui avait nom hōher Muot. Ils aiment d'ailleurs dialoguer avec cet auditoire : ils lui confient leurs peines et lui demandent conseil, ils l'invitent à maudire avec eux les gêneurs, les losengiers ; les auditeurs à leur tour interviennent ; ils demandent au minnesänger la raison de sa tristesse ou, indiscrètement, ils l'interrogent sur l'âge de la dame qu'il a chantée si longtemps. La société tient dans le minnesang une place telle qu'on est allé jusqu'à dire que c'était elle la vraie dame du minnesänger.
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