Déesse romaine un peu mystérieuse sur laquelle nous sommes assez mal informés. Elle siège sur le Capitole aux côtés de Jupiter, mais aucune fête n'est prévue en son honneur au plus ancien férial romain. Le 19 mars, les artisans de tout genre, tisserands, foulons, lapicides, joueurs de flûte... lui rendaient un culte ; mais son nom n'en figure pas pour autant au calendrier. Vint-elle d'Étrurie, ressource suprême de nos ignorances ? Encourut-elle quelque chose du mépris qui s'attachait aux métiers manuels qu'elle patronnait ? Mais alors, que représente-t-elle sur le Capitole, au sein de la triade la plus sacrée de la Cité ?
Tite-Live (VII, iii, 5 et 6) nous apprend qu'une loi fort archaïque prescrivait au magistrat du rang le plus élevé de « planter un clou » le 13 septembre de chaque année et que le texte de cette loi était affiché dans le temple de Minerve sur le Capitole. Il explique que ces clous permettaient de tenir le compte des années et qu'ils étaient placés sous la protection de Minerve en tant que patronne de l'arithmétique. Mais cette image d'une déesse représentative des activités rationnelles pourrait bien résulter d'une assimilation à la déesse grecque Athéna, connue peut-être assez tôt à Rome par l'intermédiaire des Étrusques. Une commune protection des métiers manuels ne pouvait que favoriser cette assimilation. Mais a-t-elle été vraiment réalisée dès l'origine sur le Capitole ?
Il n'est pas certain que ce rapprochement ait valu à Minerve les prérogatives guerrières de son homologue Athéna. Certes, un coffret trouvé à Préneste, donc en milieu étrusco-latin, offre bien l'image d'une Minerve guerrière assistant un Mars non moins guerrier ; mais cette représentation iconographique a-t-elle une valeur cultuelle ? On ne peut, semble-t-il, apercevoir dans le culte romain de Minerve une quelconque allusion à un rôle guerrier.![]()
Photographie
Minerve casquée, A. Rodin Auguste Rodin, «Minerve casquée», 1905-1907. Marbre et bronze. Hauteur: 48 cm. Walker Art Gallery, Liverpool.
Crédits: AKG Consulter
Jean-Paul BRISSON
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