2. Une critique globale des politiques de relance
En ce qui concerne la politique de change, Friedman s'oppose là encore à la vision keynésienne d'un système de change fixe dans lequel la dévaluation, augmentant les débouchés à l'exportation et donc la demande, a un effet de relance. Pour lui, les changes fixes sont dépassés : le prix d'une devise, comme les autres prix, relève du marché et non d'un accord entre les autorités monétaires. Il préconise l'adoption d'un système de changes flottants, c'est-à-dire de laisser le cours des monnaies se fixer librement, au jour le jour, sur le marché des changes. Il en attend, en particulier, la possibilité pour les banques centrales de concentrer leur action sur les problèmes monétaires internes.
En ce qui concerne la politique budgétaire, il se fonde sur sa théorie du revenu permanent. Il considère que la consommation n'est pas un acte instantané mais que chaque consommateur inscrit ses dépenses dans une perspective longue, dans laquelle il intègre l'évolution probable de son revenu. Par conséquent, toute mesure de relance par injection de revenus supplémentaires liée à une augmentation des dépenses publiques ou à une baisse des impôts modifie la situation de court terme, mais peu le revenu permanent, si bien qu'elle n'a aucun impact durable.
Selon Milton Friedman, l'intervention de l'État perturbe donc l'économie de marché plus qu'il ne la régule, y introduisant soit l'inflation, soit la déflation comme en 1929.
Marginale dans les années keynésiennes, la stagflation (croissance ralentie et inflation) des années 1970 donne à Friedman une influence déterminante : en 1973, les changes flottants s'imposent ; en 1979, Margaret Thatcher gagne les élections sur la base d'un programme monétariste et, au G7 de Tōkyō, le démocrate James Carter impose la lutte contre l'inflation. Consécration suprême, Friedman obtient le prix Nobel d'économie en 1976.
Cette reconnaissance n'entame pas sa pugnacité et, l'âge venant, il n'en continue pas moins à multiplier les prises de position sur la politique économique mais aussi sur des sujets très divers : pour lutter contre la pauvreté, il préconise les versements directs aux particuliers, baptisés impôt négatif, et condamne les hausses de salaire imposées par l'État, qui pénalisent les entreprises. L'un de ses derniers combats fut celui qu'il mena pour la dépénalisation de la drogue, au nom de la responsabilité des individus et pour éviter la création d'une criminalité directement liée à la prohibition.
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