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MILOSZ OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ- (1877-1939)

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3.  L'œuvre de réintégration

La maturité poétique n'est que le prélude d'un autre accomplissement : celui du prophète. Le métaphysicien d'Ars magna (1924) et des Arcanes (1926) s'efforce de transmettre son message dans des formes qui ne peuvent être celles de la philosophie traditionnelle : il s'agit de révélation, donc de poésie. Réinterprétant le mythe d'Adam et reconstituant la Genèse, Milosz élabore un concept du « rien » autour duquel pivote toute sa doctrine. Le Rien, c'est l'idée divine d'une extériorité, d'un hors-Dieu au sein de Dieu ; c'est une sorte de milieu indifférencié, ni être ni néant, ni vide ni plein, ni fini ni infini, antérieur aux déterminations de l'espace, du temps, du mouvement, de la matière ; c'est le lieu absolu de la création, c'est-à-dire de l'acte par lequel le Créateur pose devant lui-même un objet d'amour, un sujet libre grâce à qui il échappe à la clôture de sa nécessité. Après la séparation qu'est le péché originel, le Rien ne peut être restauré que par un geste souverain d'affirmation. Dans son détail, cette cosmogonie recoupe la relativité généralisée, et Milosz fut très frappé de cette rencontre avec Einstein.

Plus que sur la publicité, Milosz comptait pour diffuser le message sur le rayonnement de sa pensée à travers quelques élus. De plus en plus solitaire, tel le Moïse de Vigny et, comme lui, demandant sa délivrance, il termina sa carrière ici-bas en se livrant à un décryptage kabbalistique de la Bible et de l'Apocalypse, en recherchant l'origine commune des Hébreux, des Ibères et des Lituaniens, en faisant connaître le folklore balte (Contes et Daïnos).

Ce vaste effort synthétique pour repenser l'univers et les rapports entre l'homme et Dieu achève une destinée marquée par la hantise des origines, par le besoin de se situer (la question « Où est l'espace ? » est pour lui fondamentale). Une enfance déchirée entre des parents étrangement incompréhensifs ne rend que partiellement compte de cette œuvre orgueilleuse, tendre et rageuse, parfois naïve, toujours exigeante ; une force l'habitait qui le contraignait à écrire en l'assurant qu'il y a un pouvoir des mots. Seul son théâtre a jusqu'ici rapproché Milosz du grand public : sa poésie et les sommets de son prophétisme (par exemple l'extraordinaire Psaume de l'Étoile du matin) devraient le faire connaître sans cesse davantage.

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