Le souvenir, l'angoisse et l'appel de la mort composent la vie et la poésie de Miklós Radnóti. Il n'y a peut-être aucun autre poète hongrois qui ait identifié si étroitement la vocation de l'écrivain à celle du martyr. « Quelque chose dont on ne peut parler que dans des poèmes » commence pour lui lorsqu'il apprend l'histoire de sa mère et de son frère jumeau, morts à sa naissance. Il parle de cette « expérience » déterminante dans l'émouvant récit autobiographique, Ikrek hava, 1940 (Le Mois de gémeaux).
Malgré ou à cause de son origine juive, ses premiers poèmes évoquent un certain christianisme païen, mais il y a autant de provocation dans ceux-ci que de recherche d'une voix propre, libérée des influences de Baudelaire ou de Endre Ady. L'expressionnisme et le vers libre s'accommodent tant bien que mal de l'amour chanté dans le paysage idyllique, encore rarement perturbé. L'assombrissement de l'horizon politique est marqué par la saisie de Újmódi pásztorok éneke, 1931 (Chant de pasteurs à la mode nouvelle). Malgré son doctorat obtenu à Szeged en 1934, Radnóti ne pourra jamais enseigner le français ou les lettres. Il recourt, comme par ré […]
