Sorti de l'anonymat et du réalisme socialiste en 1965 avec Les Sans-Espoir, Miklós Jancsó s'est efforcé depuis lors d'imposer un cinéma dont les thèmes se sont longtemps rattachés plus ou moins à des épisodes dramatiques de l'histoire hongroise. Mais c'est moins sur des sujets que sur le parti pris formel que se porte l'intérêt de l'auteur : de très longs plans-séquences pendant lesquels une caméra ultra-mobile sillonne l'espace, allant d'un personnage à un autre, d'un groupe à un autre, sans jamais centrer un héros de façon durable. C'est alors le parcours spatial lui-même qui détermine la fiction, et non plus l'inverse. Parmi les réalisations nombreuses du cinéaste, citons, outre Les Sans-Espoir, qui parle du compromis austro-hongrois de 1867 : Rouges et Blancs (1967), sur le sort des soldats magyars pendant la guerre civile russe ; Silence et cri (1968), qui relate un épisode du soulèvement de Béla Kun réprimé par les troupes du régent Horthy ; Ah ! ça ira (1969), sur une intervention de jeunesses communistes pour « libérer » les séminaristes d'un établissement religieux hongrois, au moment de la période stalinienne. C'est donc tou […]
