3. Les deux opéras
En 1835, Glinka épouse Maria Petrovna Ivanova – erreur funeste ! – et se lance dans la composition de son premier opéra, fondé sur l'histoire d'un paysan russe qui, lors du retrait des armées polonaises, en 1613, sacrifia sa vie pour sauver celle du premier tsar de la nouvelle dynastie des Romanov. Le nom du paysan, Ivan Soussanine, donna le premier titre de l'opéra, qui devint par la suite La Vie pour le tsar. À la même époque, Glinka écrit une sombre ballade pour voix et piano, La Revue nocturne, qui annonce les passages les plus tragiques de l'opéra ; un ton nouveau y apparaît. La première de La Vie pour le tsar, sous la haute protection de Nicolas Ier, le 27 novembre (9 décembre nouveau style) 1836, se solde par un triomphe qui fait de Glinka un héros national. Paradoxalement, l'œuvre ne comporte que peu d'éléments nationaux dans sa structure, qui ressemble fort à celle du théâtre lyrique italien de Bellini et de Donizetti, ainsi qu'à celle de l'opéra français. Le récitatif apparaît pour la première fois dans l'opéra russe, tout comme la technique du leitmotiv. L'invention mélodique, elle, est effectivement nationale, par l'inspiration plutôt que par l'utilisation directe de thèmes populaires. C'est dans cette stylisation parfaitement réussie, et qui est comme naturelle à Glinka, que réside la force de l'œuvre et sa popularité, qui ne sera jamais démentie. C'est aussi dans cet opéra que se révèle pleinement le talent d'orchestrateur de Glinka, son sens des couleurs et – grâce au livret du baron Gregory Rozen – son génie théâtral indéniable.
L'immense succès de ce premier opéra suscite immédiatement la demande d'un autre, dont la source va cette fois être un poème de Pouchkine, Rousslan et Loudmilla. Malheureusement, Pouchkine périt en février 1837 dans son absurde duel, et le livret est finalement écrit par une sorte de comité, composé de Glinka lui-même, et de six camarades, dont Constantin Bakhtourine et Nestor Koukolnik. La construction dramaturgique sou […]
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