2. Un projet sans programme concret
Conscient de la panne de productivité, aussi bien économique qu'idéologique, dont souffre le régime, il n'en garde pas moins sa foi dans le socialisme, et c'est avec la ferme intention de l'arracher à la stagnation brejnévienne (zastoï) qu'il arrive au pouvoir en 1985.
S'il s'en distingue par sa fougue et sa capacité à haranguer, il partage néanmoins avec ses prédécesseurs phraséologie et logiques. Son premier slogan, « l'accélération », appel à relancer la productivité industrielle, est tout à fait dans la lignée des mobilisations autoritaires antérieures, et les modalités de sa campagne contre l'alcoolisme (mai 1985) n'ont rien à leur envier. En revanche, sa vision des relations internationales, développée sous l'étiquette de « nouvelle pensée », est novatrice : ses propos sur la « maison commune européenne » fragilisent déjà le Mur de Berlin, ses déclarations concernant l'appartenance de l'U.R.S.S. au groupe des nations « civilisées » rejettent implicitement la vision d'un monde bipolaire.
Très vite, c'est tout son discours qui va s'infléchir. Au fil des plénums du parti, dont la fréquence accrue est significative, un glissement s'opère, passant du retour au Lénine de la N.E.P. au « socialisme à visage humain », puis au thème d'un État socialiste de droit et d'opinions plurielles. Pour désigner l'entreprise de rénovation du système, un terme va s'imposer : perestroïka. Sa traduction, oscillant entre « restructuration » et « refonte », atteste le doute qui existe alors sur l'ampleur des changements envisagés.
En effet, si l'objectif est clair, les moyens ne le sont pas. Comment changer le système sans toucher à ses fondements ? La démarche est tâtonnante et contradictoire, associant le bâton et la carotte, multipliant les contrôles (sur la production, les revenus « illicites ») en même temps que s'ouvrent de nouvelles possibilités (coopératives, contrat de bail pour la terre). Il était d'autant plus malaisé d'instaurer « la production pour et par l'homme » que la société soviétique était opaque, ayant évolué subrepticement, tandis que le pouvoir, crispé sur ses dogmes, ne se donnait pas les moyens d'observer et d'analyser ses mutations. Comment responsabiliser ce citoyen producteur en fait inconnu ? Selon quelles logique et priorité articuler les composantes économique et politique des changements ?
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