2. L'unité de l'œuvre
On est frappé par la diversité des formes, des genres, des intrigues, entre les œuvres de Boulgakov et aussi à l'intérieur de chacune d'elles ; toutes les formes de comique, du burlesque à l'humour de l'autodérision, y côtoient un pathétique intense et pudique ; plusieurs niveaux de lecture sont dissimulés dans les intrigues les plus extravagantes, et signalés au lecteur par des allusions en forme de clins d'œil. Mais l'unité de l'œuvre est évidente. Elle est faite d'un matériau unique, la réalité russe-soviétique des années 1918-1940 (même dans les œuvres dites historiques) et revient toujours, par des moyens renouvelés et imprévisibles, à cette question centrale : comment survit-on en Russie soviétique, dans un monde où a éclaté et continue de sévir une de ces catastrophes qui, périodiquement, font table rase des acquis de l'humanité ? Chez Boulgakov, tout est présenté de façon subjective. Aucune des œuvres n'est autobiographique stricto sensu, mais toutes s'inscrivent dans un « espace autobiographique » : les lieux où l'auteur a vécu (Kiev et le sud de la Russie dans les années de guerre, Moscou dans les années 1920 et 1930) ; et, plus largement, l'univers culturel de Boulgakov, modelé par son milieu d'origine, marqué par ses goûts personnels élargis au fil de ses expériences et de ses lectures. Partout, un protagoniste ou un narrateur évoque de quelque façon l'auteur lui-même : écrivain malchanceux et génial, ou bien inventeur prodigieux, dépassé par son œuvre, trahi par le pouvoir avec lequel il s'est compromis.
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