Philosophe de renom international, Mikel Dufrenne, décédé à Paris le 10 juin 1995, s'est affirmé, au fil d'une carrière universitaire particulièrement brillante, comme l'un des maîtres les plus prestigieux de l'esthétique française. Né le 9 février 1910 à Clermont (Oise), élève d'Alain au lycée Henri-IV, il est admis à l'École normale supérieure en 1929. À l'issue de la “drôle de guerre”, il est envoyé comme prisonnier en Allemagne ; il va mettre à profit ses cinq années de captivité pour étudier, en compagnie d'un de ses camarades de stalag, Paul Ricœur, la pensée de Karl Jaspers. C'est à Jaspers que le duo Dufrenne-Ricœur consacrera, en 1947, une monographie qui fera date.
Nommé professeur à l'université de Poitiers en 1953, il fonde en 1963 à l'université de Nanterre, où il restera jusqu'en 1974, un département de philosophie. Président de la Société française d'esthétique en 1971, il dirige, avec Étienne Souriau d'abord et Olivier Revault d'Allonnes ensuite, la Revue d'esthétique. Responsable de la célèbre collection Esthétique chez Klincksieck, il y publie nombre d'ouvrages de ses disciples ; ses propres livres connaissent un vif succès, tant en Europe qu'aux États-Unis, et sont traduits notamment en anglais, en italien et en japonais. Grand voyageur, Mikel Dufrenne ne cesse de parcourir le monde ; professeur invité aux États-Unis, au Japon et en Australie, il passe chaque année plusieurs mois au Québec où il enseigne l'esthétique ; cela ne l'empêche pas de rester fidèle, chaque été, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dont les attraits lui inspireront l'un de ses textes les plus émouvants.
Son œuvre, apparemment vouée tout entière à la célébration des bonheurs de l'art, s'est voulue en réalité un hymne à la nature. Si l'on consent à lire entre les lignes la “petite thèse” de sociologie sur La Personnalité de base, publiée et soutenue en même temps que la “grande thèse” en deux volumes consacrée à la Phénoménologie de l'expérience esthétique, en 1953, on y découvrira, sous le masque d'une analyse […]
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