Né et élevé à Détroit, Mike Kelley est un des acteurs principaux de la scène artistique californienne depuis la fin des années 1970. Profondément marqué par son éducation religieuse, il bâtit une réflexion désacralisante sur les systèmes et les valeurs de l'éducation. Son œuvre protéiforme a débuté à travers la performance. Parallèlement aux concerts de rock qu'il donne avec les groupes dont il fait partie, Kelley explore l'absurdité des mécanismes de l'apprentissage. Au milieu des années 1980, il réalise des bannières à la manière des confréries, porteuses de slogans tournant en dérision les messages d'amour religieux : « Je suis inutile pour la culture, mais dieu m'aime. » Il se fait surtout remarquer avec l'exposition d'une collection de peluches et de « doudous », objets fétiches et transitionnels de l'enfance retrouvés dans les poubelles. Il les baptise Yarns, ce qui renvoie en anglais au fait de raconter des histoires. Entre banalité et désordre de la personnalité, Kelley mêle son histoire personnelle à une réflexion sur l'obsolescence des principes de la culture américaine. Son érudition artistique et intellectuelle se marie aux rebuts de la culture populaire américaine, mettant à mal les préceptes moraux et les vertus de l'innocence enfantine. Half a man (1987-1991) rassemble les déchets de ces enfances perdues. Son introspection artistique mélange allègrement le surréalisme à l'iconographie religieuse, la psychanalyse à l'art conceptuel, le tout étant mâtiné de culture punk et de vulgarité banale. « Je voulais que mon art soit dur à avaler même s'il était bas de gamme, qu'il ne soit pas drôle. Cela vient certainement de mon éducation catholique : tout doit se faire dans la douleur. »
Mike Kelley s'empare de la culture suburbaine et bien-pensante pour en sonder les déviances comportementales. L'évocation de la régression participe de cette stratégie, mais aussi celle du malaise adolescent. Autour du souvenir de son école, Kelley élabore une maquette, objet dont l'imprécision partielle trad […]
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