3. « Le Vieux Tzigane » (1849-1855)
Pendant la révolution de 1848, Vörösmarty, toujours fidèle à la politique de Kossuth, est nommé député et après l'écrasement du soulèvement il doit se réfugier dans la clandestinité. Gracié, il se retire sur ses terres, et, désargenté, il connaît la misère tant physique que morale ; c'est un vieillard précoce, dont la raison vacille, que la mort emportera, à Pest. Vörösmarty n'écrit que très peu pendant ces années sombres : quelques grands poèmes, mais tous dignes d'un Hölderlin touché par la folie. Ce sont les imprécations du roi Lear que retrouve alors le traducteur de la tragédie de Shakespeare pour fustiger le traître ; les visions apocalyptiques d'un expressionnisme à venir surgissent en lui pour peindre les désastres de la guerre : Előszó, 1851 (Préface) ; et dans sa dernière poésie achevée, A vén cigány, 1854 (Le Vieux Tzigane), en partant du genre de la chanson à boire et en dialoguant avec son double souffre-douleur, il réinvente, en guise de dernier message hallucinant et énigmatique, le mythe romantique d'une destruction et d'une rédemption, à la fois, de l'individu, de la nation et de l'univers.
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