1. Homère et Ossian (1815-1830)
De par son statut sociologique, Mihály Vörösmarty représente une transition : né dans une famille modeste de hobereaux, à Nyék, en Transdanubie, il devient le porte-parole de la petite noblesse, mais aussi le premier écrivain hongrois, vivant de sa plume, qui s'ouvre aux idées humanitaires et bourgeoises. Sa formation poétique et une morale interdisant les impudeurs de la confession le destinent aux sujets objectifs et aux formes classiques ; sa sensibilité, sous un vernis souvent sentimental et idyllique, est pourtant déjà toute romantique.
Des tentations contradictoires toujours présentes et plus ou moins traduites par une alternance permettent à la critique de distinguer communément trois périodes dans l'évolution de Vörösmarty, qu'il écoute une voix intérieure ou qu'il mette sa plume au service d'une grande cause patriotique. Le poète lyrique, un génie précoce qui écrit autant de poèmes entre 1815 et 1823 que pendant le reste de son existence, ne cédera peut-être jamais si bien à ses inclinations morbides et fantastiques qu'à ses débuts. Certes, l'influence de ses maîtres préromantiques, des doux poètes érudits de l'école sentimentale et latinisante, se fait encore sentir. La métrique est antique, les inversions, appositions et anacoluthes suggèrent presque une saveur grecque ; mais la langue est neuve, la première qui ait su intégrer les apports de la grande réforme linguistique du siècle ; et surtout, l'inconscient, moins contrôlé ici, d'un précepteur déçu dans son amour pour une jeune élève noble redonne crédit à l'élégie amoureuse ou à l'épitaphe, aux visions de Liebestod et de revenants, aux désirs d'autopunition, qui le mènent à se voir enterré vivant ou vagabond éternel.
Cependant, le devoir appelle le jeune poète élégiaque ; c'est lui qui réalisera, au milieu des préparatifs de la Diète de 1825, un projet depuis longtemps attendu : l'épopée sur le grand sujet national, propre à réveiller le sentiment patriotique. Zalán futása, 1825 (La Déroute de Zalán< […]
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