3. L'humaniste catholique
Face à la montée du fascisme, Babits qui, par ses fonctions de directeur du Nyugat, apparaît désormais comme l'une des autorités de la littérature hongroise, choisit une solitude symbolique. Terrassé par un cancer du larynx, retiré du monde hostile, le poète pleure la déchéance de l'esprit, interroge le divin et médite la signification de ses souffrances. Une dernière occasion s'offre à lui de s'adresser à la collectivité. Dans sa grande confession lyrique, Le Livre de Jonas (1940), il évoque, avec ironie, le prophète trop faible pour dénoncer les péchés de Ninive. Au terme de ses tribulations, dans son désert brûlant, les yeux fixés sur les forces obscures de la Ville, Jonas se résigne à sa mission désespérée et demande, dans une ultime prière, la force pour l'accomplir. Largement écouté pour son message à la veille de la guerre, ce chef-d'œuvre inaugure aussi un genre de récit symbolique que les disciples du poète, notamment Sándor Weöres, doteront d'une dimension mythique.
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