Poète surtout, et des plus éminents, mais aussi auteur de plusieurs romans remarquables, d'essais philosophiques et critiques, traducteur inspiré de Sophocle, de Dante, de Shakespeare, de Goethe, de Baudelaire et de Poe, co-directeur, puis directeur, à partir de 1934, de la revue Nyugat,maître à penser de toute une génération, Mihály Babits marqua de sa présence trente années de littérature hongroise. Sa culture riche et profonde, sa probité, la qualité permanente de son écriture l'avaient de bonne heure imposé comme le chef de file des écrivains qui retrouvaient le souci de leur dignité de lettré. Au-delà de ces constantes, cependant, son œuvre, imposant monument d'introspection, ne cessa de refléter les changements et les renouvellements d'un esprit qui avait tour à tour rejeté, accepté, combattu l'histoire. Tandis que sa haute conscience le disposait à se sentir responsable de la collectivité nationale et à mettre parfois la littérature au service du discours didactique, son besoin d'analyse lucide, son horreur de la spontanéité désordonnée, sa timidité aussi le forçaient à garder une distance à la fois ironique et aristocratique à l'égard des élans qui l'emportaien […]
