À soixante ans, Sadoveanu a été célébré pour avoir écrit soixante ouvrages. Son activité littéraire commence avec le siècle, se développe entre les deux guerres mondiales et se poursuit après l'instauration du nouveau régime en Roumanie. C'est au cours de cette dernière période que l'écrivain se fait l'écho des problèmes qui agitent son pays ; toute son œuvre antérieure est vouée à la recherche du temps roumain perdu, qu'il s'agisse de l'épopée historique des princes moldaves reconstituée ou simplement d'une épopée villageoise plus humble, celle des grands chasseurs, buveurs et mangeurs devant l'Éternel, tous personnages hauts en couleur et vigoureux – qu'il est temps d'aimer parce que bientôt on ne les verra plus. Le monde moderne est là qui menace. Déjà il broie les créatures sans force que les cités hébergent et il les ensevelit sous la boue de l'ennui ou de la médiocrité. Poète d'un passé embelli et d'un présent contemplé sans joie, Sadoveanu est le Zola de la littérature roumaine. Il en est aussi le Tourgueniev. Mais il est avant tout un Caragiale qui aurait eu la tête épique et préféré aux cafés de Bucarest les auberges moldaves et l'affût dans les grands bois.
1. Le citadin malgré lui
Né à Paşcani, Mihail Sadoveanu était d'une double ascendance paysanne. Son père, avocat, avait pour aïeux des propriétaires ruraux d'Olténie, sa mère descendait d'anciens paysans libres. Il fit des études de droit à Bucarest. En 1898, à dix-huit ans, il publie un essai dans la revue Vieaţa Novă. Mais bientôt c'est N. Iorga lui-même qui l'invite à collaborer au Semănătorul (Le Semeur), l'organe de l'école littéraire qui prêche le retour aux sources paysannes de l'inspiration nationale et porte le nom de Semănătorism.
Marié en 1901, il devient père d'une famille nombreuse sur laquelle il règne en patriarche autoritaire ; il obtient à Bucarest un emploi à la Casa Şcoalelor, la « Caisse des Écoles », puis au ministère des Arts. En 1906, il s'installe à Fălticeni où il a acquis un domaine de deux hectares qu'il exploite en g […]
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