3. Le plus grand lyrique
Mihail Eminescu est avant tout un poète lyrique d'une extraordinaire puissance verbale. Il y a une langue roumaine antérieure à son œuvre et une langue nouvelle, qu'il a forgée et que tous les poètes roumains, après lui, essaient de manier.
Poète de l'amour, Eminescu chante l'impossible bonheur : la femme devrait le comprendre, l'aider à se comprendre soi-même et surtout lui accorder la féerie lascive sous la pluie des fleurs de tilleul, loin du monde, au cœur de la forêt complice. Après Vigny, Eminescu a traité la femme de Dalila, mais c'est pour la mieux supplier : « De ce nu-mi vii ? » (« Pourquoi ne viens-tu pas ? »). Les arbres, la colline, le bois touffu, « frère du Roumain », sont le décor de la joie d'aimer. Cependant ailleurs, plus haut, plus loin et comme dans un autre univers, la vision d'une errance d'astres formés de minéraux hostiles, dans un cosmos d'apocalypse, ne cesse de hanter l'imagination d'Eminescu. La lune, astre froid, se promène au-dessus des mers et des étendues mortes, en étrange contraste avec l'intimité de la forêt moldave. De sa propre mort l'homme peut se servir comme d'un argument de blasphème à l'égard de la divinité. Mais, nouveau contraste : Eminescu, qui prend les traits d'un Dace pour mieux clamer son athéisme, a composé de très délicates litanies à la Vierge.
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