« Un enterrement n'est pas chose extraordinaire à Ortiz. Bien au contraire, le frottement des espadrilles avait fait disparaître définitivement l'herbe du chemin qui conduisait au cimetière, et les chiens suivaient avec une mansuétude routinière ceux qui portaient le cercueil, ou les précédaient en montrant la route mille fois parcourue. » Ces quelques lignes extraites de l'incipit du deuxième roman du Vénézuélien Miguel Otero Silva, Maisons mortes (Casas muertas, 1955), montrent, comme c'était déjà le cas pour son premier roman, Fiebre (1936), un écrivain à l'écoute attentive de la révolte « fiévreuse » ou de la torpeur mortelle qui s'emparent périodiquement de son pays. Ce « poème tragique de la ruine d'une ville et de ses habitants », comme l'a qualifié un autre grand romancier vénézuélien, Arturo Uslar Pietri, rappelle aussi qu'Otero Silva a fait ses premières armes dans le domaine de la poésie, en particulier avec cette œuvre de tonalité à la fois populaire et solennelle qu'est Élégie chorale à Andrés Eloy Blanco, où la complainte pour la mort d'un poète se transforme en un hymne polyphonique au destin grandiose et tragique du Venezuela.< […]
