4. Une foi agonique
Une immense « faim d'immortalité », une passion dévorante d'être donnent leur accent tragique au conflit de la foi et de la raison entre lesquelles Unamuno est divisé. « Être, être toujours, être sans terme, soif d'être, soif d'être plus ! faim de Dieu ! soif d'amour éternisant et éternel ! être toujours ! être Dieu ! », s'exclame-t-il dans ce livre fondamental Del sentimiento trágico de la vida (1913). L'inquiétude spirituelle que révèle cet ouvrage et qui informe toute la pensée d'Unamuno inspire aussi les réflexions de La Agonía del cristianismo (1925). Ce déchirement de la conscience en proie aux contradictions, dont Unamuno retrouvait l'écho blessé aussi bien chez saint Paul et saint Augustin que chez Pascal ou Kierkegaard, lui fait envisager la question de l'immortalité de l'âme selon une perspective purement existentielle ; c'est au cœur même du désespoir qu'il convient de puiser l'espoir ; c'est dans ce combat, cette agonie au sens propre qu'Unamuno a découvert sa conception personnelle de la foi chrétienne et sa dignité d'homme mortel. Dans la mesure où il a trouvé au sein même de sa finitude une raison d'affirmer son être, une façon d'inventer son espérance, Unamuno est un précurseur de l'existentialisme. Il aimait citer et gloser ces « terribles paroles » de Senancour : « L'homme est périssable. Il se peut ; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice. »
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