Spirituel espagnol, né près de Saragosse. Après avoir étudié à Valence, Molinos est envoyé à Rome en 1663 ; membre et dignitaire des Écoles du Christ, à Valence et à Rome, il cultive une piété de type ascétique qui lui fait néanmoins découvrir, au contact des spirituels italiens, l'oraison de quiétude (en particulier chez Petrucci, alors évêque de Iesi et futur cardinal). Il reste, en Italie, directeur et prédicateur très écouté ; sa Guide spirituelle, publiée en 1675, trouva sans peine des approbateurs, mais fut très vite combattue par les Jésuites. Aux réfutations de Bell'huomo (1678) et de Segneri (1680) Molinos répond par des écrits persuasifs et convaincus, essayant de gagner à son point de vue le père Oliva, général de la Compagnie. Ses adversaires sont, en 1681, condamnés par Innocent XI ; mais un revirement, dont l'histoire est confuse, s'opère en 1682-1683, probablement dans le cadre des conflits européens entre Louis XIV et Innocent XI ; Molinos est arrêté en 1685 et condamné deux ans plus tard à la prison à vie. Le bref Caelestis Pastor (1687) résume en soixante-huit propositions le contenu de l'acte d'accusation, plus à partir de sa correspondance, de ses aveux et des déclarations de ses disciples que du texte même de la Guide.
Dans la Guide, Molinos avait insisté sur une approche « négative » du mystère divin, qui ne s'atteint pas par la méditation, mais par l'oraison de repos ; il souligne le rôle central de la contemplation acquise ou active, où la foi doit être pure (sans images ni idées), simple (sans raisonnement) et universelle (sans réflexion sur des objets distincts) ; ainsi mise en présence de Dieu, l'âme marche toujours dans une contemplation acquise. Molinos affirme ici (c'est le reproche le plus justifié qu'on peut faire à sa doctrine) le caractère perdurable de l'acte non révoqué dans la contemplation. Il se garde par ailleurs de conseiller les excès qu'on a pu lui reprocher ; mais il est sûr que son exigence spirituelle, réservée à quelques-uns, conduit à des formules suspectes pour l'ensemble des fidèles : ainsi explique-t-il que les âmes intérieures et spirituelles n'ont pas besoin de se préparer actuellement à la communion, « toute leur vie étant une préparation habituelle et parfaite ». Traduite en latin par le piétiste saxon Francke (1687), en français par le protestant Lacroze et en allemand par le très hétérodoxe Gottfried Arnold (1699), la Guide spirituelle occupe une place importante dans les sources des « réveils » anglo-saxons.
Jean-Robert ARMOGATHE
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