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ASTURIAS MIGUEL ÁNGEL (1899-1974)

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6.  L'écrivain métis

Cet idéal s'affirme avec éclat sur la scène. En 1972, l'auteur fait jouer à l'Espace Cardin Las Casas, évêque de Dieu, une refonte de son Tribunal des frontières. L'intérêt de la pièce tient à l'adjonction des chœurs indiens qui, sans intervenir dans l'action, récitent la page censurée de l'Histoire. De cette confrontation sans échange résulte un total éclatement du sens qui élève la portée du message. D'une part, l'Espagne est condamnée au nom de ses propres valeurs, de l'autre, les vaincus pleurent l'échec de la « guerre fleurie », appelant de leurs vœux l'apocalypse.

Une telle réprobation de l'ethnocide est d'autant plus émouvante qu'Asturias est à nouveau sous le choc des exactions commises par les militaires. Dès 1970, il a rompu avec le régime afin de poursuivre sans réserve sa croisade contre la violence. Vendredi des douleurs évoque sur le mode tragi-comique les luttes incertaines de la jeunesse. Aux abords du cimetière de la capitale, théâtre d'exécutions sommaires, se déroule le Carnaval satirique organisé par les étudiants. Menée sur un rythme endiablé, l'action du roman tient du tour de passe-passe. Elle a pour cible un pantin à l'effigie d'un nanti du système alternativement soustrait et livré aux lazzi de la foule, en échange du traditionnel Judas. Figure ambiguë des tribulations d'un jeune écervelé qui trompe la confiance de ses camarades, dans l'espoir cruellement déçu de faire un beau mariage, la mascarade dégénère en effusion de sang. Cette allégorie de la trahison inspire un dernier ouvrage, Deux fois bâtard, resté inachevé. En réponse aux accusations de ses rares détracteurs, l'auteur y dénonce l'irresponsabilité de ces générations perdues qui, une fois retombée l'illusion lyrique, cèdent à l'esprit réactionnaire ou aventuriste, plongeant la patrie dans une guerre civile sans issue.

Artisan de paix, le poète persiste à fonder l'entente nationale sur la légitimité d'une culture métisse. Son ultime dialogue avec Léopold Sedar Senghor témoigne avec vigueur de sa foi en la revendication indigéniste comme élément actif et vivifiant de la symbiose latino-américaine. Ce prophète d'un avenir meilleur écrivit un conte plein de grâce, L'Homme qui avait tout, tout, tout, comme une dernière leçon d'espérance à l'adresse des « enfants de l'an 2000 ». Traduit en vingt-sept langues, universellement connu et admiré, Asturias est l'auteur d'une œuvre considérable. En signe de gratitude envers la France, sa terre d'élection, il a légué l'ensemble de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale. Celle-ci lui a rendu, au lendemain de sa mort, un solennel hommage.

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Écrit par :  Ève-Marie FELL

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