5. Une clarté de miroir pulvérisé dans l'air
Roman mûri au cours des longues années d'exil, Le larron qui ne croyait pas au ciel nous entraîne jusqu'aux confins de la terre, dans ces Andes vertes dont le prologue au Miroir de Lida Sal évoquait le sortilège. Un enchevêtrement de lacs et de fleuves nimbe le paysage de lumière aquatique. La confusion des règnes plonge les personnages dans une atmosphère de rêve éveillé. Ouvert sur le chant funèbre des guerriers mam surpris par l'arrivée d'« êtres outrageux » venus d'une autre planète, par la mer, le récit retrace l'errance mi-picaresque, mi-théologique d'un groupe d'aventuriers issus de la plus authentique tradition hétérodoxe, cherchant, avec la folle passion des utopistes de la Renaissance, la confluence naturelle des deux océans qui baignent les côtes du Nouveau Monde. Refusant l'analyse manichéenne de la Conquête, Asturias dégage le processus de décomposition interne dont celle-ci fut le catalyseur ; sa version personnelle de l'événement associe la « vision des vaincus » exhumée des chroniques indigènes à l'éphéméride héroïque du sentiment de désarroi qui s'empara des envahisseurs stupéfaits, ravis et finalement emportés par leur découverte. Le mystère est ici des deux côtés, et l'impression d'échec partagée. Signe des appétits matériels du conquistador, la figure grimaçante du Mauvais Larron domine l'intrigue. Une poignée de transfuges, farouches partisans des thèses sadducéennes, croient trouver un écho de leur hérésie dans les contorsions douloureuses des adorateurs de Cabracán, le dieu des Tremblements de terre. Mal leur en prend : deux d'entre eux n'échappent au massacre que pour se perdre dans la jungle. En contrepoint, l'auteur use de toutes les ressources du langage pour dédier un épithalame à l'union des antagonistes. Amoureuses, nuptiales ou violemment copulatives, les métaphores conduisent à la naissance de l'enfant, « produit de deux races déjà fondues à jamais, comme deux océans de sang... sous un ciel qui croit étrenner, cette nu […]
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