2. Un long poème symphonique et social
Après le roman politique, Miguel Ángel Asturias revient délibérément au monde indien. La légende maya-quiché dit que l'homme est fait de maïs, d'où le caractère sacré de cet aliment. Il est permis de le semer pour le manger, mais non pour en faire commerce. Telle est la synthèse de ce livre exceptionnel, qui, sans doute, constitue le sommet de l'œuvre d'Asturias : Hommes de maïs. Publié en 1949 à Buenos Aires, il raconte l'histoire des hommes qui, comme le beau cacique Gaspar Ilom, sèment le maïs seulement pour s'en nourrir, face à ceux qui, comme le colonel Chalo Godoy, le sèment pour s'enrichir en exploitant le travail des Indiens. Avec ces élements qui définissent deux cultures différentes, Asturias esquisse une recréation mythique du continent, il pénètre jusqu'aux racines de l'Amérique latine, et en revendique les valeurs primitives. Le vrai personnage de ce roman est le peuple guatémaltèque, le peuple latino-américain avec ses croyances ancestrales, ses souffrances et ses espoirs. Tout acquiert ici un pouvoir symbolique : l'affrontement du cacique avec ses forces magiques contre le colonel et son argent, et, mêlé à cette lutte, l'Indien que l'on retrouve avec ses coutumes, ses traditions religieuses et sa langue parsemée de mots mayas.
Hommes de maïs est un long poème symphonique où la succession d'éléments fantastiques empruntés à l'univers indigène donne au récit le caractère d'une résurrection contemporaine de la mythologie. Il dénonce l'exploitation de l'Indien, sa misère actuelle, l'injustice subie par les descendants des civilisations maya-quiché. La légende – la sagesse populaire devenue parole, chant, poésie – rachète l'homme de maïs ; elle le fait immortel, comme la terre sur laquelle il pousse.
Hommes de maïs revêt une apparence surréaliste. L'auteur a vécu dans les milieux surréalistes parisiens, et on trouve chez lui le rêve mêlé à la réalité, le jeu de l'inconscient, le défi à la logique, etc. Toutefois, ici, c'est un surréalisme d'origine indienne, inspiré des libres associations mentales familières aux Indiens mais différentes de la logique occidentale.
Hommes de maïs se situe hors du temps, entre l'épopée et le roman. Voici ce qu'en dit l'auteur : « En détruisant toute mon œuvre sauf Hommes de maïs, il reste encore le principal. »
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