Pour pouvoir situer Asturias dans l'ensemble du roman hispano-américain, il faut rappeler ce qu'était avant lui la littérature de ce vaste monde qui s'exprime dans un espagnol variant d'ailleurs avec chaque région. Toute une forme du roman prit naissance avec un événement historique d'une grande importance sur ce continent : la révolution mexicaine. Ce bouleversement suscita le roman-témoignage. Mariano Azuela publia en 1961 un livre désormais classique, Ceux d'en bas. Ce roman présente les caractéristiques d'un engagement délibéré, d'une littérature de protestation et de dénonciation des injustices sociales. Bien que, dans le genre, on trouve d'excellentes œuvres (il suffirait de citer les noms du Vénézuélien Rómulo Gallegos, du Colombien José Eustasio Rivera, du Péruvien Ciro Alegría, de l'Équatorien Jorge Icaza, du Brésilien Jorge Amado...), la politique fit souvent oublier à beaucoup de ces auteurs que le roman est aussi une œuvre d'art.
Vers les années quarante, Borges en Argentine, Onetti en Uruguay et Miguel Ángel Asturias provoquent un changement. Leurs œuvres témoignent d'une véritable création artistique.
Asturias, lui, intègre d'emblée l'univers indien, le merveilleux maya-quiché, les correspondances mystérieuses de la mentalité primitive, totalement absentes de la logique occidentale. Les mythes indiens s'intègrent dans la réalité quotidienne, ils servent aussi à créer une littérature engagée, mais le sens poétique guide la main de l'auteur. Il ne s'arrête pas à la dénonciation, mais élabore un monde qui est celui de l'Amérique latine métisse tout entière.
Le nom de Miguel Ángel Asturias restera lié au « réalisme magique » dont il est l'un des représentants majeurs. Quelque controversée qu'elle soit, cette formule demeure à ses yeux la meilleure définition de l'art. La somptuosité de son style emprunte largement aux techniques de l'artisanat indigène. En véritable orfèvre, l'auteur cisèle la phrase et file des métaphores chatoyantes comme les plumes du quet […]
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