3. Du discours à la pratique
• Retour sur les performances de remboursement
Le succès du microcrédit doit beaucoup aux impressionnantes performances en termes de taux de remboursement communiquées par les différents programmes. Cependant, les méthodes de calcul utilisées pour obtenir ces taux de remboursement sont rarement précisées et cachent des disparités importantes dans les performances réelles. Les taux de remboursement communiqués par la Grameen Bank, par exemple, sont obtenus à partir du ratio des montants impayés après deux ans sur le montant des prêts actuels. Comme l'expliquent certains auteurs, ce calcul minimise fortement les problèmes d'impayés : d'une part, la durée moyenne des prêts est de un an et considérer les impayés après deux ans équivaut à allonger la durée du prêt d'une période, d'autre part, le portefeuille de la Grameen Bank est en constante expansion et ainsi les impayés sont rapportés à un portefeuille plus important de prêts que celui qui prévalait au moment où ces prêts étaient attribués. Adopter une définition plus stricte des taux de remboursement (pourcentage des prêts non complètement remboursés à leur échéance) conduit à des taux moins flatteurs (par exemple, 55 p. 100 pour la Grameen Bank en 1991 alors que le taux publié par l'institution pour cette année-là était de 98,3 p. 100).
Cela étant, si les clients de la Grameen Bank ne remboursent pas forcément ponctuellement, ils semblent s'acquitter de leurs dettes avec le temps. Le taux de remboursement augmente fortement dans les mois qui suivent l'échéance du prêt (pour l'année 1991, 84 p. 100 trois mois après l'échéance des prêts, 89 p. 100 6 mois après, 96 p. 100 douze mois après). De plus, si les taux apparaissent moins élevés que ceux communiqués, ils n'en restent pas moins fortement supérieurs à ceux des autres prêteurs (14 p. 100 de prêts complètement remboursés à l'échéance en 1991, 60 p. 100 un an après).
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