3. La diffusion
C'est en 1975 que Giovanni Levi prend la direction de Quaderni Storici et que s'ouvre une période intense d'élaboration et de conquêtes. Bientôt dotée d'un comité de rédaction élargi, la revue va servir au mouvement à la fois de lieu de rencontre, de terrain d'expérimentation et de canal de diffusion. En 1981, le grand éditeur turinois Giulio Einaudi crée la collection Microstorie, qui ne fera que relayer cette influence.
Paradoxalement, la crise de l'Université italienne contribue à l'expansion internationale du mouvement. Faute de recrutements sur place, les jeunes micro-historiens se tournent vers les universités européennes et nord-américaines. En France, l'École des hautes études en sciences sociales se révèle particulièrement réceptive. Outre ses liens anciens avec l'Italie, elle trouve dans la microstoria une pertinence particulière en cette fin des années 1980, où les paradigmes des Annales sont remis en cause. De la micro-histoire, les historiens français, à commencer par Bernard Lepetit et Jacques Revel, retiennent l'importance de l'expérimentation et des jeux d'échelles, nécessaires pour renouveler une historiographie jusqu'alors trop centrée sur les dynamiques macroscopiques.
Surtout, la micro-histoire contribue au grand basculement qui caractérise alors les sciences sociales, de l'étude des structures à celle des pratiques. De ce mouvement d'ensemble découle un bilan ambigu : il assure une certaine pérennité aux outils, ingénieux et efficaces, qu'a forgés la microstoria, tout en diluant ses acquis dans l'historiographie générale. C'est la contrepartie, sans doute, de l'empirisme d'un mouvement qui, à la formulation serrée d'un programme de recherche de long terme, a préféré la curiosité et l'inventivité, en tentant de porter un regard neuf et parfois insolite sur les dossiers historiographiques les plus balisés.
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