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TOURNIER MICHEL (1924- )

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4.  Une littérature de l'initiation

Michel Tournier a gardé de ses lectures d'enfance un goût profond pour des auteurs dits « pour enfants ». Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf est son livre fétiche. Il ne le quitte jamais depuis son plus jeune âge et il figure en bonne place à côté de l'Éthique de Spinoza. Il voue, de même, une admiration particulière à Charles Perrault et à la Comtesse de Ségur, dont il considère notamment La Fortune de Gaspard comme un des romans les plus sombres de la littérature française. Cette prédilection guide ses propres choix d'écriture. Il évalue ses œuvres en fonction inverse de l'âge de ses lecteurs. Pour lui, une œuvre est réussie lorsqu'elle rencontre le succès auprès des plus jeunes. Ainsi, il considère ses contes Pierrot ou les secrets de la nuit (1979) et Amandine ou les deux jardins (1977) comme ses meilleures œuvres. Leur supériorité tient à ses yeux à l'union parfaite qui s'y manifeste entre la hauteur des vues philosophiques exprimées et la simplicité du récit : « J'ai réussi à infuser dans l'histoire la quantité maximale de philosophie, d'ontologie, Bachelard, matière, couleur, solidité, odeur, mécanismes biologiques, et pourtant ça reste une histoire pour enfants. » Il ira jusqu'à réécrire Vendredi ou les limbes du Pacifique, qui devient Vendredi ou la vie sauvage (1977), afin de rendre l'œuvre accessible à tous, avec une volonté affichée de simplicité dans l'écriture. Pourtant, Michel Tournier se défend d'être un auteur pour enfants : « Je n'écris pas pour les enfants, j'écris avec un idéal de brièveté, de limpidité et de proximité du concret. Lorsque je réussis à approcher cet idéal – ce qui est hélas rare – ce que j'écris est si bon que les enfants aussi peuvent me lire. » L'enfant en vient ainsi à représenter pour l'écrivain un idéal esthétique et éthique de l'écriture. Ses choix littéraires ne sont pas guidés par le respect des codes de la littérature pour enfants, mais par un souci constant d'être compris du lecteur. Toutefois, cette recherche de la transparence peut être trompeuse. Les romans de Michel Tournier ne sont pas simples, ils sont exigeants. Polyphoniques, tissés de références multiples et parfois contradictoires aux mythes dont ils se nourrissaient, ses récits semblent repousser l'échéance du sens et initier le lecteur à une quête dont, seul, il a le dernier mot : « un roman peut certes contenir une thèse, mais il importe que ce soit le lecteur, non l'écrivain, qui l'y ait mise » (Le Vol du vampire).

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MichelTournier *Dans Vendredi, ou les Limbes du Pacifique, son premier roman paru en 1967, Michel Tournier (né en 1924) avait « réécrit » l'histoire de Robinson Crusoé, donnant au mythe forgé par Daniel Defoe une dimension philosophique et l'ajustant à des interrogations plusLire la suite

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