2. Un art du dédoublement
Contrairement à certains acteurs, en particulier américains, Michel Piccoli ne s'investit pas totalement dans un personnage et ne vit pas son rôle vingt-quatre heures sur vingt-quatre : « Quand je joue la comédie, c'est réellement en état de dédoublement complet. Je vois la marionnette à côté de moi, je la fais naviguer et quand j'ai fini de tourner au cinéma ou de jouer au théâtre, je ferme le tiroir et c'est terminé. Je ne suis plus acteur et mes personnages ne m'encombrent plus. » C'est sans doute ce qui lui permet de travailler durant la même année 1969 avec Hitchcock (L'Étau), Vittorio de Seta (L'Invitée), Claude Sautet (Les Choses de la vie) et Yves Allégret (L'Invasion)... De même, il peut demeurer inentamé auprès de réalisateurs « décevants » : « Je le vis comme si je tournais avec Jean-Luc [Godard], ou Ferreri, Sautet ou Doillon. [...] Il faut toujours apprendre son métier : on ne sait jamais quand on tombe dans la constellation juste, alors il faut voyager. »
Si Michel Piccoli entretient des relations suivies avec quelques réalisateurs privilégiés, – Michel Deville, Manoel de Oliveira, Jacques Rouffio, notamment –, il appartient pleinement à l'univers de trois d'entre eux. Luis Buñuel est sans doute le cinéaste dont il se sent le plus complice : La Mort en ce jardin (1956) ; Le Journal d'une femme de chambre (1964) ; Belle de jour (1967) ; La Voie lactée (1969) ; Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) ; Le Fantôme de la liberté (1974)... Ironie et fantasmagorie : ces deux derniers titres laissent entendre ce que sont les deux postulations de l'acteur. « Avec Buñuel, j'ai tout de suite compris que cet homme de grand délire et de grande rigueur allait être mon modèle à la fois physiquement et du point de vue du tempérament. » Le second cinéaste qui marque la carrière de Michel Piccoli est Marco Ferreri, un homme qui pendant plus de quinze ans a « fait des films agressifs, méchants, réellement utiles, qui a été catalogué comme un des grands ma […]
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