2. L'expérience littéraire et les sciences de l'homme
• L'archéologie des savoirs
La première partie de son œuvre se présente comme une « archéologie » des sciences humaines, irréductible à toute histoire classique des savoirs. Ce qui fait en effet problème pour les historiens traditionnels, ce n'est pas que l'homme soit un objet de science : c'est qu'il ait mis si longtemps à le devenir.
Les histoires de la médecine et de la psychologie s'écrivent volontiers comme celles des erreurs et des obscurantismes, jusqu'à l'arrivée de grands savants qui seraient venus édicter enfin des vérités premières, et poser l'homme sous le jour transparent et laïque de la science. Pour Foucault, faire une « archéologie » des sciences de l'homme repose sur un parti pris tout autre. Il s'agit de considérer que le moment où l'homme devient objet de science ne constitue pas une sortie hors des ténèbres, au grand soleil des vérités éternelles, mais une énigme historique qu'il convient d'épaissir, pour en prendre la mesure et en dénoncer les limites. Par exemple, tenter une « archéologie de la folie », comme il le fait avec Histoire de la folie à l'âge classique (à l'origine sa thèse, soutenue en 1961 sous la direction de Georges Canguilhem), ne consiste pas à montrer comment, après des siècles de mensonges et d'erreurs, la folie serait devenue ce qu'elle aurait toujours été : une maladie mentale. L'archéologue de l'aliénation, en explorant l'archive de la démence (des catalogues médicaux aux listes d'internement, des thèses philosophiques aux fondations institutionnelles), entend plutôt retrouver les « expériences fondamentales » que l'Occident aurait faites à propos de la folie, jusqu'à celle de sa médicalisation. Expérience de la Renaissance : la folie est appréhendée depuis un imaginaire cosmique, comme un tourbillon de visions. Messagère errante des arrière-mondes, elle pose le problème de la vérité du monde dans sa visibilité apparente et fragile. Expérience de l'âge classique : la folie est […]
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