Revêtu de l'habit vert, aux couleurs de cette Irlande qu'il a élue comme dernier havre d'une vie fertile en voyages immobiles, Michel Déon est entré sous la Coupole le 22 février 1978. Est-ce le dernier avatar de cette liaison tumultueuse, ponctuée de ruptures et de retrouvailles, entre la Ville Lumière et ce vagabond stendhalien toujours en partance ? Il naît à Paris le 4 août 1919. Mais déjà la capitale se montre impuissante à retenir le nomade en herbe que sollicite la chaude lumière du Midi et l'insistante musique du bonheur. C'est d'abord Monaco, lié au souvenir fugace d'un père conseiller à la cour du prince Louis II, puis les rues du vieux Nice, et la faculté de droit de Paris après Janson-de-Sailly. Au carrefour d'une jeunesse prématurément livrée aux emballements de l'histoire, le jeune étudiant hésite entre trois voies qui s'ouvrent devant lui comme autant de tentations incertaines : la politique à l'ombre du vieux Maurras et de L'Action française, la guerre rapidement entrevue sous De Lattre, la littérature à l'appel de ces maîtres exigeants que l'on se donne à vingt ans et pour toujours. Stendhal et Toulet auront raison de Maurras et de De Lattre. Après la Libération, Michel Déon sillonne l'Europe et fait un sort à ses regrets dans quelques livres maladroits.
Je ne veux jamais l'oublier (1950), miroir fêlé d'un bonheur envolé, marque son entrée dans les lettres et son départ vers le Nouveau Monde dont il revient avec La Corrida (1952), histoire d'un réfugié meurtri dont on gage qu'il ressemble à l'auteur comme un frère. Il fait bientôt escorte aux « hussards » (Nimier, Blondin, Laurent) qui ont entrepris de donner le coup de grâce aux mandarins fatigués de l'existentialisme parisien. De 1952 à 1956, il publie trois livres tendres et insolents : Le Dieu pâle (1954), Tout l'amour du monde (1955) et la vitriolique Lettre à un jeune Rastignac (1956). Ils sont suivis par trois livres disparates où s'affirme, dans un style intimiste, une très étonnante maîtrise des choses du cœur : Les Trompeuses Espé […]
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