2. Un musicien de notre temps
Dès ses trois premiers quatuors à cordes (1935-1944, 1943, 1946), Tippett montre un style très personnel, dans lequel la polyphonie joue un rôle déterminant, tout en conservant à la phrase musicale un lyrisme et un sens du rythme naturellement dansant. On dénote une parenté certaine avec la musique de Purcell, notamment dans le Quatuor no 2. Le Quatuor no 3 est marqué par l'ombre de Beethoven, qui planera sur de nombreuses œuvres ultérieures. Mais dans A Child of our Time, Tippett se réfère d'une curieuse manière aux passions de Bach, en substituant aux chorals luthériens des negro spirituals. Le message de paix et de réconciliation de l'homme avec lui-même se développe dans ses opéras. Il se révèle comme un orchestrateur hors pair dans des œuvres comme les Rituals Dances from The Midsummer Marriage, pour chœur ad libitum et orchestre (1953, commande de Paul Sacher pour son Orchestre de chambre de Bâle), la Fantaisie concertante sur un thème de Corelli, pour cordes (1953), ou le Concerto pour piano (1953-1955), toutes traversées par un souffle puissant, avec des couleurs brillantes et une polyrythmie débordante, dans un langage qui reste essentiellement tonal.
À la fin des années 1950, notamment avec la Symphonie no 2 (1956-1957), Tippett s'échappe de ce cadre pour pratiquer un contrepoint dissonant, plus austère. Toute trace d'expression néo-romantique s'efface derrière un classicisme pur, d'expression résolument moderne. Le lyrisme de son écriture vocale se transforme en une déclamation directe. C'est l'époque de son deuxième opéra, King Priam, qui trouve son prolongement instrumental dans le Concerto pour orchestre (1963), véritable pendant moderne du concerto grosso baroque. La cantate The Vision of St Augustine, pour baryton, chœur et orchestre (1963-1965) – créée par Dietrich Fischer-Dieskau le 19 janvier 1966 sous la direction du compositeur – relève de la même approche.
Dans une troisième manière, Tippett revient à une musique luxuriante et profondément poétique, où foisonnent les idées les plus diverses. La Symphonie no 3 (1970-1972), avec so […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



