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KLIER MICHAEL (1943- )

Des exemples historiques dans les arts plastiques, littéraires ou musicaux ont montré que des œuvres très courtes pouvaient avoir des incidences esthétiques importantes dans leur domaine. C'est le cas des œuvres de Michael Klier, né en 1943 à Karlsbad en Allemagne (il vit et travaille à Berlin), à qui on doit des réalisations pour la télévision, pour le cinéma, ainsi que quelques vidéo qui demeurent fondamentales pour le média lui-même et pour d'autres artistes qui l'utilisent (Christine Van Assche, Vidéo et après, catalogue de la collection du Musée national d'art moderne, Paris, 1972).

Klier a tout simplement exploité les images des systèmes de surveillance vidéo. Il touche ainsi des champs aussi divers que le sociologique, le documentaire, le public et l'intime, la fiction, l'improbable, le narratif, sans pourtant créer d'images puisqu'il ne fait que reprendre à son compte celles qui existent dans le quotidien. Dans Der Riese (Le Géant, 1983, 84 min, collection du Musée national d'art moderne, Paris), il a enregistré — grâce à des magnétoscopes directement branchés sur les caméras — des images de surveillance prises dans un aéroport, une grande ville, une autoroute, une rue, un sex-shop, un magasin, un hôpital psychiatrique et dans l'entrée d'une maison particulière. Suivant strictement les mouvements pré-programmés et machiniques des différentes caméras, leur temps, leur champ d'action, gardant la texture et le grain des images noir et blanc, la seule intervention de Klier se fit lors du montage et lors du choix d'une bande musicale composée d'extraits d'œuvres de Wagner et de Mahler. La conjonction de ce matériau brut fait d'images de la réalité et de musiques grandioses ou de silences pesants donne à cette bande vidéo un climat dramatique. En voyant défiler des images de personnes anonymes, en étant le témoin involontaire d'un vol dans un grand magasin, en assistant au dialogue entre un psychiatre et son patient, le spectateur finit par s'identifier, à travers le mécanisme de la caméra, au processus visuel décrit par Jeremy Bentham, au xviiie siècle, dans son panoptique, projet de système carcéral : « voir sans être vu ».

Comme les caméras placées en des points stratégiques pour une meilleure surveillance, le spectateur semble dominer les images du monde, donc une grande partie du monde lui-même. Les effets de dramatisation cinématographique et musicale sont accentués par les ébauches de narration et plongent le regardeur-machine dans une réalité troublante et angoissante à l'occasion de laquelle ce dernier retrouve paradoxalement son identité ; le spectateur attend toujours une histoire de ces images qui ne sont point soumises à ce régime, ou bien greffe lui-même un semblant d'histoire sur celles-ci. Les images déshumanisées et froides rendent au spectateur sa singularité, mais en opérant elles-mêmes en retour la mise à distance ; la boucle de l'autosurveillance est ainsi bouclée.

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