3. Temps mesuré et temps libre
Nul doute que la connaissance, au xxe siècle, des particularités de rythmiques étrangères, n'ait largement contribué à faire éclater la conception occidentale traditionnelle de la mesure. Les différents exemples donnés dans cet article font apparaître quatre façons de traiter le temps musical : le temps non mesuré, sans jalonnement régulier, et le temps mesuré qui présente trois aspects différents : d'abord, pulsation de base isochrone régulièrement espacée, groupée ou non en mesures ; ensuite, pulsation de base isochrone mais inégale reposant sur deux unités, une brève (binaire) et une longue (ternaire), ce qui constitue curieusement une symétrie dans la dissymétrie ; enfin, une organisation comportant de plus longues périodes rythmiques se reproduisant cycliquement.
Ce jeu subtil et rigoureux avec la perception du temps est une des clés de l'impact physique et psychologique de la musique. On a souvent rapproché la pulsation isochrone qui est la base de la mesure du temps musical avec celle du pouls, ou avec l'alternance régulière des rythmes naturels : jours et nuits, saisons. Il serait peut-être plus instructif de la comparer aux divisions artificielles du temps conçues par l'esprit humain : siècles, années, jours, heures, secondes illustrent, comme les temps, les mesures, les périodes, un besoin de l'esprit de jalonner la durée, de la fragmenter, une tentative d'ordonner ce qui finalement lui échappe, ce temps qui lui est propre et qui le mène de l'activité au repos, du sommeil à la veille, de la naissance à la mort.
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