2. Les musiques extra-européennes
Quelques exemples d'autres conceptions du temps musical vont faire apparaître des points communs avec la nôtre, mais aussi des particularités.
En Inde, les rythmes ont un cadre de temps forts, faibles et silencieux. Les musiciens apprennent des schémas rythmiques, conçus comme des périodes, des cycles qui recommencent identiques à eux-mêmes, et à l'intérieur desquels ils improvisent. Dans une même musique, le tāla, ou période rythmique, une fois établi reste immuable ; un tāla divisé en mesures égales ou inégales, elles-mêmes divisées en temps égaux, peut comporter jusqu'à trente-sept temps. Ainsi la division est triple : l'unité de temps, la mesure, et la période, ou tāla. Le retour régulier du tāla et la longueur qu'il peut avoir donnent au temps musical indien une forme cyclique très étrangère à la conception classique occidentale. Ajoutons que l'alap, prélude de toute improvisation, ne comporte pas encore de tāla et se fait en temps non mesuré.
Au Japon, le théâtre nō, qui prit sa forme actuelle aux environs du xive siècle, offre l'exemple d'un contraste entre temps mesuré (mesure de huit temps réguliers, chacun marqué par une frappe de tambour), et temps non mesuré, à l'intérieur duquel les interprètes casent librement les cellules mélodiques ou rythmiques qu'ils ont à exécuter, le seul jalonnement étant alors un cri spécial des joueurs de tambour.
Le rythme aksak, découvert en Bulgarie et que Bartók utilise dans ses Danses bulgares (Mikrokosmos), est peut-être d'origine turque, comme le nom qui le désigne. Il repose sur deux unités de durée : une brève et une longue valant 2/3 et 3/2, par exemple une croche et une croche pointée. L'unité binaire et l'unité ternaire alternent selon des combinaisons variées mais régulières. La mesure traditionnelle occidentale se subdivise en temps égaux qui constituent une pulsation isochrone régulière ; les mesures aksak se subdivisent aussi en temps isochrones, puisqu'ils se répètent en groupements identiques, mais régulièrement inégaux puisque ternaire ou binaire. De telles mesures pourraient se transcrire dans notre chiffrage par 2 + 3/8 ou 3 + 2 + 2/8, etc.
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