L'origine de cette divinité est obscure, italique sans doute à en juger par des témoignages épigraphiques osques et ombriens. Le plus probable est qu'il faut rattacher le nom de Mercurius à la racine qui désigne en latin les marchandises et leur circulation. Une chose est sûre en tout cas : Mercure est le dieu des marchands dès la plus haute antiquité.
Il se peut que son culte ait été d'origine plébéienne, comme celui de Cérès. En ~ 495, un temple lui fut dédié à proximité de celui de Cérès, Liber et Libera ; à la grande indignation des sénateurs, cette dédicace fut l'œuvre d'un simple centurion (entendons, d'un plébéien), non d'un consul comme il était d'usage (Tite-Live, II, xxvii, 5 et 6). Le sénat savait d'ailleurs quelles étaient les prérogatives du dieu, puisque le consul, en principe désigné pour la dédicace du temple, devait être chargé en même temps des problèmes de ravitaillement.
L'assimilation au dieu grec Hermès fut assez profonde et autant théologique que mythologique : Mercure devint, comme Hermès, le patron de l'espace libre et ouvert qui s'étend entre le ciel et la terre. On peut même apercevoir cette évolution : au premier lectisterne (cérémonie d'inspiration grecque où les dieux sont invités par couples à un banquet), en ~ 399, Mercure est associé à Poséidon (Neptune), en relation donc avec le domaine des échanges maritimes ; mais au lectisterne de ~ 217, il est associé à Cérès, l'espace aérien étant ainsi opposé à l'espace souterrain, comme, à la même occasion, Vulcain et Vesta représentent les aspects opposés du feu, destructeur et alimentaire. Mais le rôle originel du dieu ne s'effaça jamais. Si Horace (Odes, I, 10) peut célébrer les mérites de l'Hermès grec sous le nom du Mercure latin, Ovide, décrivant dans les Fastes la fête de Mercure le 15 mai, l'évoque bel et bien comme dieu des marchands.
Jean-Paul BRISSON
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