2. La conquête de l'espace-temps
Mais la grande révolution opérée par Cunningham tient certainement à sa vision de l'espace et à la façon de se mouvoir du danseur en son sein.
Reprenant la théorie d'Einstein (il n'y a pas de point fixe dans l'espace), il déstructure complètement la vision habituelle de la danse dans le théâtre. Il rejette la vision frontale qui était dictée par l'espace du théâtre à l'italienne et les lignes héritées de la danse classique. Ses danseurs peuvent se présenter dans n'importe quelle direction de l'espace : de face, mais aussi de dos, de profil, de trois-quarts... Cunningham utilise les processus aléatoires pour déterminer les éléments et l'organisation de sa chorégraphie (parties du corps en mouvement, directions, déplacements, durées). Du coup, il appartient à chacun de choisir ce qu'il regarde. Cela anéantit définitivement l'idée de soliste et d'ensemble, les événements présentés sur le plateau sont simultanés, sans hiérarchie particulière ; chaque danseur est un centre, tout comme chacun est un individu. Il rejette également toute idée de narrativité de la danse, selon laquelle un ballet doit raconter quelque chose, pour offrir au regard le seul mouvement, en bannissant toute expressivité de l'interprète. « S'il y a un désir d'expression personnelle, affirme-t-il non sans humour, la psychanalyse est le domaine qui convient. » Ces principes sont renforcés par le fait que les mouvements qu'il développe incluent des gestes en apparence « naturels », le rythme étant impulsé par une gestuelle constituée d'une succession de temps forts et faibles, d'élans, d'équilibres brisés dès leur ébauche.
Sa technique, qui sert encore de base aux danseurs du monde entier, est bientôt devenue une référence dans la formation en danse contemporaine. Elle part du postulat que le dos, support essentiel des bras et des jambes, est « assez peu utilisé » et que la danse moderne n'exploite pas assez le bas du corps.
En réalité, sous une apparente simplicité, ses choré […]
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