2. La politique économique des mercantilistes
• L'État ou les marchands ?
Pour la plupart des analystes, l'État représentait l'intérêt général, la justice, l'efficacité, tandis que les marchés ordinaires étaient le lieu d'expression et d'affrontement des intérêts particuliers. Faire confiance aux initiatives privées impliquait que des créances ne seraient pas honorées, que des produits défectueux seraient vendus aux consommateurs, que des prix exorbitants leur seraient imposés.
Le monopole de commerce ou de production apparaissait au contraire comme bénéfique, parce que décidé par l'État et relativement simple à contrôler par lui. Accorder par exemple un privilège à une compagnie de commerce international évitait qu'une multitude de marchands agissent à l'étranger contre les intérêts nationaux. De plus, dans les contrées lointaines, les marchandises et les marchands devaient être effectivement protégés par des fortifications coûteuses. Il était donc rationnel de ne pas multiplier ces travaux et de les confier à une seule compagnie.
C'est pourquoi les mercantilistes anglais sollicitent l'appui de l'État dans les affaires internationales et la permission de les mener ensuite aussi librement que possible. Dans ces affaires, Law explique en 1705 « que le négociant ne peut pas gagner où la nation perd ». Les auteurs français en sont moins sûrs, ils comptent davantage sur l'État pour moderniser la nation et imposer des règles strictes aux intérêts particuliers.
Tous justifient l'État de façon exclusivement rationnelle. Les mercantilistes ne lui demandent pas de chasser les infidèles ou de reconstituer l'Empire romain. Ils sont plutôt occupés à vaincre toutes sortes d'archaïsmes, restes de l'époque féodale ou de temps plus anciens encore. Ils sont du côté du souverain contre les concessions octroyées jadis à certaines villes, les exemptions fiscales injustifiées, les péages intérieurs abusifs, les privilèges des Églises et leurs façons de gérer la charité. Ils veulent donner à cet É […]
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