3. Les manifestations de la pensée archaïque
Il faut donc ou bien renoncer, comme le fait l'école structuraliste, à parler d'une mentalité archaïque, ou bien se contenter tout au moins d'en faire une manière de penser qui est permanente et qui est simplement plus manifeste chez les peuples archaïques que chez nous, puisque Lévy-Bruhl lui-même a dû abandonner l'identification pure et simple d'une mentalité primitive spécifique avec les seules croyances des sociétés dites primitives.
Dans ces conditions, si l'étude de ces sociétés reste encore la voie royale pour connaître cette forme de penser, spécifique ou non, il faut admettre qu'elle se puisse néanmoins observer dans d'autres domaines. Envisagée dans ce sens très large, la mentalité archaïque se caractériserait, non pas nécessairement par son irréductibilité à la pensée rationnelle, mais par une indistinction entre ce qui est subjectif et ce qui est objectif, par une prédominance du symbole sur le concept et par l'interpénétration entre le jugement et l'affectivité. Tandis que la pure logique réduit l'expérience aux éléments abstraits, la mentalité archaïque resterait concrète, proche de la réalité telle qu'elle est sentie et vécue par le sujet. Le mythe sous toutes ses formes en serait donc une expression particulièrement significative, même s'il peut, en dernier ressort, s'analyser en des thèmes qui ne sont pas irrationnels. Et toute pensée religieuse, comme l'avait bien vu Lévy-Bruhl, comporte une part de vie affective et de participation qui s'apparente à ce type de mentalité.
Dans d'autres œuvres culturelles encore, les sociétés modernes révèlent leur enracinement dans cette forme de pensée collective. D'une part, en effet, on pourrait établir une continuité entre les croyances ou pratiques des peuples dits primitifs et le folklore qui se perpétue dans certaines parties de ces sociétés, en particulier dans le monde rural. Et l'on trouverait même dans les sociétés urbaines des survivances encore importantes d'un état d'esprit relativ […]
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