3. Les critiques adressées à Melanie Klein
On peut schématiquement regrouper les critiques, fort divergentes, qu'a suscitées l'œuvre de Melanie Klein.
La tendance de la « psychologie du moi » (ego psychology) lui reproche de sous-estimer le poids de la réalité extérieure et les lois de la maturation biopsychique. Il est vrai que tout se passe pour Melanie Klein comme si chaque individu humain avait à constituer sa propre psyché et que l'issue du conflit « manichéen » dépendait uniquement d'une dialectique interne. Si le rôle de l'entourage et du développement génétique n'est pas nié, il reste qu'on voit mal comment il s'insère dans cette dialectique.
On a critiqué, d'un autre côté, la part excessive donnée à la reconstruction : comment Melanie Klein, même si elle a « analysé » de très jeunes enfants (parfois de trois, quatre ans), pourrait-elle prétendre décrire la vie émotionnelle du nourrisson ? Peut-on dire qu'elle n'agit là pas autrement que Freud affirmant l'existence de fantasmes œdipiens infantiles à partir des seules analyses d'adultes ? Il est difficile d'en être convaincu : on n'échappe pas, en lisant Melanie Klein, à l'impression qu'elle ne se borne pas à reconstruire un passé, mais qu'elle le construit, symbolisant, souvent au prix d'un certain forçage, un « vécu » qui est par principe hors de toute prise.
En troisième lieu, Melanie Klein valoriserait quasi exclusivement un monde fantasmatique défini comme imaginaire ; certes, aucun psychanalyste ne récusera l'efficacité, la consistance, l'influence de ce courant imaginaire capable d'imprégner nos activités les plus conscientes et les plus « adaptées », mais il peut craindre que la dissolution du fantasme – formation de l'inconscient souvent fort difficile à repérer dans son agencement singulier – au sein d'un univers interne ne conduise à simplement doubler tous nos comportements d'un corrélat, d'un envers fantasmatique.
Enfin, en se centrant sur les pouvoirs de l'imago maternelle, Melanie Klein ne se contente […]
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