2. Les « Objections »
Précédées d'une « Lettre à MM. les Doyens et Docteurs » (théologiens) de Sorbonne et d'un « Abrégé » introduisant une minime concession à l'un des plus fameux d'entre eux, Antoine Arnauld, les Méditations savent le risque pris à traiter de métaphysique. Mais Descartes ne craint rien moins que l'adversaire. Convaincu de la valeur de sa pensée, il fait circuler son manuscrit pour susciter au contraire les objections, les publie et y répond à la suite de ses Méditations. Les premières, du prêtre hollandais Caterus, font droit au point de vue thomiste ; les deuxièmes, groupées par Mersenne, sont l'occasion d'un exposé more geometrico de la doctrine ; les troisièmes, de Hobbes, portent surtout sur la psychologie et la gnoséologie cartésiennes ; les quatrièmes, signées d'Arnauld, et les plus importantes du point de vue strictement métaphysique et théologique, conduisent en particulier Descartes à se défendre d'avoir confondu dans sa théorie du jugement l'erreur et le péché (il traite du vrai et du faux, non du bien et du mal) ; les cinquièmes, de Gassendi, marquent l'écart entre deux épistémologies (Descartes jugeait ces objections hors de propos et, dans la traduction française de 1647, il voudra les supprimer). Une sixième série, collectée là encore par Mersenne, traite de points particuliers. Dans la deuxième édition (1642, dont le sous-titre n'est plus « Méditations... démontrant l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme », mais « ... démontrant l'existence de Dieu et la distinction de l'âme et du corps ») s'ajoutent des objections du père Bourdin, dont Descartes fait sentir, dans ses Réponses, les faiblesses... Un tel éventail montre assez comment, avant même leur parution, les Méditations prenaient statut d'œuvre majeure. Des multiples traces de son influence, le titre même des Méditations cartésiennes (1929-1931) du philosophe allemand Edmund Husserl est l'une des plus explicites.
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