Créé à Paris en 1971, Médecins sans frontières est aujourd'hui l'une des principales organisations humanitaires dans le monde, bénéficiant d'une popularité et d'une reconnaissance qu'est venu couronner le prix Nobel de la paix en 1999.
L'heure était aux espoirs du développement et à l'émancipation du Tiers Monde, dix ans après les indépendances africaines, lorsque deux groupes de médecins et de journalistes médicaux se sont rejoints, le 21 décembre 1971, pour fonder Médecins sans frontières, sous la forme d'une association régie par la loi de 1901. L'un d'entre eux avait travaillé sous l'égide de la Croix-Rouge française au Biafra, lors de la guerre du Nigeria. L'autre s'était mobilisé, à l'appel du journal médical Tonus, pour apporter des soins à la population sinistrée du Pakistan oriental, devenu entre-temps le Bangladesh, qui avait été frappé par un cyclone d'une violence exceptionnelle. Leur objectif était apparemment simple, mais totalement étranger aux pratiques d'alors : apporter une aide médicale d'urgence à des populations plongées dans des crises majeures, quelles qu'en soient les causes, et en toute impartialité. La naissance de la médecine d'urgence, avec la création des S.A.M.U., et la démocratisation des transports aériens, avec l'apparition des charters, ont joué un rôle indirect important : c'est dans ce contexte, qui la rendait matériellement pensable, que l'aide médicale internationale a vu le jour sous la bannière de M.S.F.
Arrivant bien longtemps après les Anglo-Saxons sur le terrain de l'action humanitaire, les Français y introduisaient une nouvelle démarche : le regard et la pratique spécifiques du médecin, certes, mais aussi les relations privilégiées avec les médias et la volonté d'utiliser l'opinion publique pour soutenir leur action. Il faudra pourtant de nombreuses années avant que le projet ne s'impose, y compris dans l'esprit de ses fondateurs. Des années pendant lesquelles, en effet, fut régulièrement évoqué l'abandon pur et simple d'une idée qui tardait à se matérial […]
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